L'offboarding en cabinet d'avocats : savoir se quitter sans tout casser
Dans beaucoup de cabinets, l'offboarding, ou gestion du départ d'un collaborateur, tient du néant absolu. Résultat ? Des ruptures de collaboration qui laissent un goût amer, des tensions inutiles et des rancunes qui s'invitent jusqu'au déjeuner du Barreau.
Pourtant, un collaborateur qui s'en va reste un confrère ou une consœur. Et même en cas de désaccord, nos principes déontologiques — délicatesse, confraternité, respect — ne prennent pas de vacances.
Un offboarding bien mené, c'est une sortie propre, digne et professionnelle. Et souvent, c'est aussi ce qui détermine la réputation d'un cabinet à long terme.

1. Quand c'est le cabinet qui met fin à la collaboration
Une rupture de collaboration, ça ne s'improvise pas sur un coin de bureau.
Confidentialité absolue : l'entretien doit se dérouler dans un lieu fermé, à l'abri des regards.
Le collaborateur doit apprendre la nouvelle directement de l'associé — pas d'un bruit de couloir ou d'un café mal placé.
Et surtout : jamais sous le coup de la colère.
Si la tension monte, on coupe court et on fixe un rendez-vous le lendemain.
Un départ mal géré sur le moment peut vite se transformer en rumeur durable.
Le mot d'ordre : respect et maîtrise.
Les mots que vous choisirez marqueront durablement l'image du cabinet à l'intérieur comme à l'extérieur.
2. Quand c'est le collaborateur qui annonce son départ
Quand un collaborateur vous annonce qu'il s'en va, évitez le réflexe “tu me trahis” et préférez le réflexe “pourquoi ?”.
Fixez un entretien de sortie : c'est l'occasion de comprendre les raisons du départ : surcharge, management, perspectives floues, ou simple envie de changement.
Ces retours sont précieux : ils révèlent souvent ce qui ne se dit pas autrement.
Prenez des notes : elles vous aideront à ajuster votre organisation ou votre communication interne. Et si le collaborateur est une vraie valeur ajoutée, vous pouvez envisager une contre-offre à condition qu'elle soit sincère et cohérente.
Mais surtout, ne réagissez pas à chaud. Prenez 48 heures, laissez redescendre l'émotion, et préparez vos questions avant de le revoir.
3. Comment annoncer le départ sans provoquer un drame collectif
Interdire à un collaborateur d'annoncer lui-même son départ ?
🚫 Grosse erreur.
Astuce de recruteuse : remerciez toujours la personne pour son travail, même
brièvement. Un collaborateur blessé communiquera... et souvent pas en votre faveur.
Cela donne l'image d'un cabinet qui a “quelque chose à cacher”. Laissez le collaborateur informer son équipe. Ensuite, organisez une réunion pour confirmer les modalités de départ, rassurer le reste de l'équipe, et évoquer le remplacement.
💬 Profitez-en pour sonder vos collaborateurs : certains ont peut-être déjà une recommandation dans leur réseau.
Communiquez aussi en interne avec les autres départements.
Un simple mail du type :
“XX s'envole vers de nouvelles aventures et quittera le cabinet le [date]. Nous le remercions pour son implication et lui souhaitons une belle réussite.”
C'est professionnel, respectueux, et ça évite les interprétations malveillantes.
4. Le préavis : optimiser sans braquer
Si la relation est devenue tendue, n'imposez pas le préavis : libérez le collaborateur plus tôt et épargnez-vous un mois d'ambiance glaciale.
Sinon, le préavis doit être utile et productif :
- Planifiez les dossiers à clore avant le départ.
- Anticipez la redistribution des dossiers restants.
- Et ne confiez pas de nouveaux dossiers à long terme à un collaborateur sur le départ.
📁 Contrôlez aussi la mise à jour des dossiers et des pièces dans le réseau : trop souvent, les recherches et échanges restent coincés dans les mails du partant. C'est le genre de détail qui fait perdre un client derrière.
📁 Idéalement, faites chevaucher le collaborateur sortant et son remplaçant pendant 2 à 5 jours. C'est le meilleur moyen de transférer efficacement la mémoire des dossiers, bien plus qu'un “mail de passation” de 15 lignes.
5. Informer les clients : transparence et professionnalisme
Un départ annoncé trop tard ou passé sous silence, c'est le meilleur moyen d'inquiéter les clients.
Prévenez-les au moins deux semaines à l'avance, surtout s'ils étaient en contact direct avec le collaborateur. Expliquez-leur que le suivi des dossiers sera assuré, et organisez si possible une réunion de passation avec l'ancien et le nouveau contact.
Vous pouvez convenir avec le collaborateur du message à transmettre :
“XX rejoindra un autre cabinet à compter du [date]. Nous le remercions pour sa contribution et assurons la continuité du suivi de vos dossiers.”
Simple, élégant, professionnel.
6. Et enfin... le pot de départ 🍾

Oui, même si le départ est un peu amer, organisez un pot de départ. C'est une question d'élégance et de confraternité.
Le cabinet peut participer aux frais, offrir un mot, un cadeau, une carte. L'objectif n'est pas de faire semblant d'être amis mais de clore une collaboration sur une note humaine. Parce que dans le milieu, tout le monde se recroise, toujours.
En conclusion
L'offboarding, ce n'est pas un détail administratif.
C'est le dernier chapitre d'une collaboration, et il détermine souvent la façon dont on parlera de votre cabinet ensuite.
Un départ respectueux, organisé et transparent, c'est :
- Une réputation préservée ;
- Une équipe rassurée ;
- Et parfois même un futur retour.
Parce qu'un bon collaborateur qui part en bons termes, c'est un ambassadeur de votre cabinet.
Un mauvais départ, lui, peut devenir son pire ennemi.